D’auteur à interprète : le parcours singulier d’Emmanuel Dufour
Ancien stagiaire de la formation « La lecture de livre audio » au Cifap, Emmanuel Dufour revient sur son parcours atypique, sa découverte de l’interprétation et ses premiers projets professionnels dans le livre audio.
Après avoir exercé plusieurs métiers au fil de sa vie professionnelle, Emmanuel Dufour a choisi de se consacrer à l’écriture avant d’explorer un nouveau terrain d’expression : l’interprétation de livres audio. Ancien stagiaire de la formation « La lecture de livre audio » au Cifap, il revient sur son parcours atypique, les rencontres qui ont marqué son évolution et les enseignements qui l’accompagnent aujourd’hui dans cette activité en plein essor.
Pourriez-vous svp présenter votre parcours professionnel ?
Mon parcours professionnel a été guidé par la curiosité et le désir de découverte. Après des études d’ingénieur et un doctorat en sciences, j’ai travaillé huit ans comme informaticien. Puis, j’ai suivi une formation pour devenir plombier chauffagiste, métier que j’ai exercé à mon compte pendant onze ans, avant de vendre mon affaire pour changer une nouvelle fois de voie. Début 2023, j’ai commencé à me consacrer à plein temps à l’écriture de romans et de nouvelles. Puis, en 2025, j’ai ajouté à cette activité la lecture et l’enregistrement de livres audio.
Vous avez suivi la formation « La lecture de livre audio » en 2025. Qu’est-ce qui vous a attiré vers la lecture de livre audio ?
Vous aurez remarqué que, dans mon parcours professionnel, je n’ai pas pratiqué la comédie. Ce qui m’a amené à la lecture de livre audio, c’est d’abord le goût de raconter des histoires, par exemple en les lisant à des enfants. Dans le cadre de mon activité d’auteur, je fais partie depuis 2023 d’un collectif qui se réunit chaque mois pour un atelier d’écriture, à la fin duquel chaque participant lit à voix haute le texte qu’il a produit. À plusieurs reprises, on m’a fait la remarque que je possédais un bon talent d’interprète. Dans ce même contexte, une amie autrice m’a mis en relation avec une radio locale, RLP 102.3, qui cherchait un bénévole pour animer une émission de lecture de textes littéraires à l’antenne. J’ai répondu à leur appel et j’ai été retenu. Depuis fin 2024, j’enregistre donc toutes les deux semaines, l’émission Le Coin Lecture, qu’on peut écouter en podcast sur le site de Radios Libres en Périgord.
Par le biais de cette émission, j’ai été contacté par un auteur, puis par une autrice, qui souhaitaient chacun faire enregistrer leur livre en audio sur leurs deniers propres. La lecture de livres audio est donc devenue pour moi une activité professionnelle complémentaire à celle d’auteur, mais que je pratiquais en autodidacte. C’est alors que la même amie qui m’avait mis en relation avec RLP 102.3 m’a parlé de la formation du CIFAP, dont elle avait vu la pub sur les réseaux sociaux. Je me suis renseigné sur le contenu de la formation, l’ai comparée aux autres formations disponibles en France, et j’ai décidé de m’inscrire à celle-ci. Je cherchais à la fois à perfectionner ma capacité à interpréter les textes, à découvrir des outils matériels et logiciels du home studio et à entrer dans l’univers professionnel du livre audio. Autant de points proposés par le programme du CIFAP, que j’y ai en effet trouvés.
Qu’est-ce que votre parcours atypique vous apporte aujourd’hui dans votre activité d’interprète de livre audio ?
Mon parcours « atypique » comporte à la fois une trajectoire professionnelle inhabituelle, la chance d’avoir vécu plusieurs années dans différents pays, un cheminement personnel et spirituel varié, et d’autres choses encore. Je ne suis pas certain que mon parcours en tant que tel ait apporté quelque chose à mon activité d’interprète, mais plutôt que c’est le même carburant qui m’a fait avancer sur ce parcours atypique, qui alimente ma passion pour l’interprétation de livres audio : la curiosité, la recherche de l’altérité, l’émerveillement de la découverte. Interpréter un livre audio, c’est se couler dans la pensée et dans la sensibilité d’une autrice ou d’un auteur, de chacun de ses personnages, c’est puiser dans mes propres expériences de vie ou dans celles qui m’ont été rapportées par les personnes que j’ai croisées, pour entrer en résonnance avec l’intention du texte et essayer autant que possible de lui donner vie. Avec sincérité et engagement.
Qu’est-ce qui vous passionne dans cette activité aujourd’hui ?
Tout me passionne dans l’interprétation de livres audio ! La découverte d’une autrice ou d’un auteur, la collaboration directe avec celle-ci ou celui-ci, ou bien avec un éditeur ou un studio, les échanges artistiques et techniques avec les directrices et directeurs artistiques et avec les ingénieurs du son, la découverte progressive de mes propres capacités, de mes limites, l’amélioration de mes méthodes de travail, soit par les conseils venant de mes interlocuteurs, soit de mon propre fait. Et la satisfaction des autrices et des auteurs ! Quel bonheur d’apprendre que j’ai su donner vie à leur texte, parfois d’une façon qu’ils n’attendaient pas, et qui leur a fait « découvrir » leur propre œuvre sous un autre angle. Je suis le premier à m’en émerveiller, car il y a deux ans encore, je n’avais jamais enregistré une seule minute de livre audio, et la lecture à voix haute n’était pour moi qu’un petit plaisir de fin d’après-midi dans le cadre des ateliers d’écriture de mon collectif d’autrices et d’auteurs.
Quelques mois après la formation, vous avez déjà enregistré plusieurs livres audios. Comment se sont passés ces rencontres ?
En effet, j’ai la chance d’avoir déjà pu prêter ma voix à plusieurs romans et nouvelles. L’auteur et l’autrice pour qui j’ai enregistré et monté les livres en version audio ont été rencontrés sur des salons du livre auxquels je participais moi-même en tant qu’auteur. Il s’agit de Michel Messahel et de Marylen Brice. Les autres œuvres que j’ai enregistrées l’ont été pour le compte de maisons d’éditions. Tout d’abord, SKA Éditions, éditeur associatif spécialisé dans les nouvelles noires et érotiques, dont j’ai rencontré l’un des membres lors d’un salon du livre auquel je n’étais même pas censé me rendre (cette histoire incroyable ferait elle-même l’objet d’une nouvelle à rebondissements !). Ensuite, Saga Storify et Thélème, que j’ai contactées de façon plus traditionnelle, en faisant un mailing à une centaine d’éditeurs et de studios, dont j’avais obtenu les coordonnées lors de la formation au CIFAP. Je leur ai envoyé ma bande démo enregistrée en conditions professionnelles au studio du CIFAP, et j’ai donné le lien vers ma page d’interprète sur le portail VoxingPro, site qui m’a aussi été recommandé lors de la formation au CIFAP. Chacune de ces rencontres a été unique, parfois en face à face, parfois à distance, mais chaque fois, la collaboration qui s’engage est teintée à la fois de passion et de bienveillance.
Avez-vous d’autres projets en cours ou à venir ?
Parallèlement à mon activité d’interprète de livres audio, qui me prend la moitié de mon temps, je continue à écrire. J’ai un gros roman en cours, entamé en septembre 2024, que j’espère terminer avant fin 2026. Je continue d’enregistrer pour SKA, Saga et Thélème. Je vais relancer d’autres éditeurs et studios en mettant en avant mes récentes réalisations. Et je rêverais de m’essayer au doublage, mais j’ai l’impression qu’il faut avoir déjà une solide expérience de comédien de théâtre ou de cinéma. Mais qui sait ? Peut-être qu’avec un petit coup de pouce du destin, qui m’a déjà rendu service pour devenir interprète de livres audio…
Quel est le meilleur conseil que vous avez reçu pendant la formation ?
Ce n’est pas original, car c’est le meilleur conseil qu’on peut recevoir pour n’importe quelle activité, en particulier artistique : il faut travailler, travailler, travailler. Enregistrer tous les jours ou presque, plusieurs heures par jour.
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer dans ce domaine ?
Mon conseil : croyez en vous-même et soyez sincère ! Ce n’est pas la « belle voix » qui fait le bon interprète, ni la « bonne technique ». C’est avant tout l’envie de faire ce métier. Rien ne peut arriver si vous ne vous élancez pas sur le chemin avec cette envie. Et avoir envie ne signifie pas connaître le chemin avant de l’avoir parcouru. Cela ne signifie pas vouloir être meilleur que les autres. C’est avoir envie d’apprendre, de découvrir, de s’abreuver à la source de l’expérience de celles et ceux qui sont déjà en chemin, c’est être prêt à découvrir ce compagnon de route inconnu : vous-même, avec votre sensibilité unique, vos capacités insoupçonnées, votre talent que personne n’attendait. Et surtout, l’humilité ! Ne jamais oublier que c’est un incroyable concours de circonstances qui nous amène sur le chemin de notre vie, qu’il soit celui d’une avocate, d’un ingénieur, d’une agricultrice ou d’un narrateur de livre audio. Accueillons avec gratitude ce que le hasard et les rencontres nous offrent, et offrons en retour. Dans le cas de la narration de livres audio, ce que nous avons à offrir en retour, ce sont des émotions, des rires, des frissons, des larmes, de la jouissance intellectuelle, de la surprise, et tant d’autres plaisirs de l’esprit ! Ça vaut le coup de faire de son mieux !
Pour conclure…
Entre écriture et interprétation, Emmanuel Dufour poursuit aujourd’hui un même objectif : donner vie aux histoires et créer des passerelles entre les textes, les auteurs et les auditeurs. Un parcours guidé par la curiosité, les rencontres et l’envie constante d’apprendre.