Photo Laurent Perrier

Laurent Perrier, formateur Synthés modulaires au Cifap

Actus de nos formateurs - Publié le 2 mars 2026
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Formateur au Cifap depuis 2014, Laurent Perrier partage sa passion du synthétiseur modulaire à travers une formation unique en France. Une approche accessible, humaine et ouverte à tous les profils.

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Compositeur, sound designer et musicien, Laurent Perrier développe depuis plus de trente ans un univers sonore singulier, nourri par les musiques industrielles et expérimentales. Des débuts avec le groupe Nox à ses projets discographiques personnels, il explore une recherche exigeante du grain et de la matière sonore.

Son parcours l’a conduit à collaborer avec de nombreux chorégraphes et metteurs en scène, et à intervenir dans des contextes variés, de la danse contemporaine au design sonore, notamment pour le secteur automobile.

Aujourd’hui, il travaille principalement avec ses systèmes modulaires, qu’il utilise aussi bien en production qu’en performance. Au Cifap, il transmet cette expertise à travers une formation dédiée aux synthés modulaires, unique en France dans ce format.

Mais pour répondre plus précisément, il faut surtout expliquer ce qu’est un synthétiseur modulaire par rapport à un synthétiseur classique. Il y a deux grands principes.

D’abord, on part d’une caisse vide. Là où un synthétiseur classique regroupe toutes ses fonctions dans un instrument déjà structuré, le modulaire divise ces fonctions en modules indépendants. Chaque élément est séparé. On construit donc son synthétiseur sur mesure, en choisissant ses modules, parfois même de marques différentes.

Le deuxième principe, c’est le câblage. Un synthétiseur classique est pré-câblé : les connexions internes sont déjà définies. Avec un modulaire, on réalise soi-même toutes les connexions à l’aide de câbles. On décide du chemin du signal, de la direction que prend le son.

En résumé, on fait absolument ce que l’on veut. On crée son propre parcours, sa propre logique sonore.

Quand j’ai créé cette formation, elle n’existait pas ailleurs sous cette forme. Je n’avais jamais enseigné auparavant, c’était une première pour moi. Très vite, j’ai compris que ce qui m’intéressait vraiment, ce n’était pas seulement d’apprendre aux gens à utiliser un instrument, mais de les accompagner dans leur manière de comprendre.

La particularité de cette formation, c’est qu’elle est ouverte à tous, sans prérequis. Dans un même groupe, je peux avoir une personne qui n’a jamais fait de musique de sa vie, par exemple une photographe simplement fascinée par le son du modulaire, et à côté quelqu’un qui pratique déjà depuis plusieurs années. Les écarts de niveau, d’âge, de parcours peuvent être énormes.

Ce qui me passionne, c’est justement de gérer cette diversité. Créer une ambiance où chacun se sent à sa place. Un peu comme lorsque vous invitez des gens très différents à dîner chez vous : c’est à vous de faire en sorte que la rencontre fonctionne.

Il y a aussi une dimension très humaine et psychologique. Quelqu’un de 58 ans peut se retrouver à côté d’un stagiaire de 25 ans qui comprend tout en quelques secondes. Ça peut être déstabilisant. Mon rôle, c’est de rassurer, de rappeler qu’il n’y a pas une seule manière d’apprendre. Certains ont une approche très analytique, presque mathématique ; d’autres sont plus intuitifs. Il n’y en a pas un plus intelligent que l’autre. À la fin, tout le monde avance.

La formation est presque individuelle… mais en groupe. Chacun travaille sur son projet, avec son casque, dans son univers. Je passe du temps avec l’un, puis avec l’autre. Les questions sont différentes, les attentes aussi. C’est ce va-et-vient permanent qui me stimule.

Je me suis beaucoup ennuyé à l’école. J’ai souffert d’un enseignement où l’on ne s’intéressait pas vraiment aux personnes. Alors aujourd’hui, je fais très attention à ça. Ce qui est essentiel pour moi, c’est que les stagiaires ne s’ennuient pas. Qu’il y ait une dynamique, une énergie, et qu’ils repartent non seulement avec des compétences, mais avec un bon souvenir de ces dix jours passés ensemble.

Au fond, ce qui me passionne, c’est l’humain derrière la machine.

Et puis c’est aussi très addictif. Je fais parfois le parallèle avec la drogue : on peut vite se laisser happer. Moi-même, je suis passé par là. Donc j’essaie aussi de transmettre cette expérience, de prévenir, de mettre un peu de recul.

Mais au-delà de l’achat d’un système modulaire, les retours que j’ai sont très clairs : la formation change profondément la manière de penser la musique.

Beaucoup de stagiaires ne s’équipent pas ensuite en modulaire, et pourtant ils me disent que cela a transformé leur compréhension du son. On travaille sur le signal audio, sur la circulation de l’information, sur la logique de construction d’un son.

Ça démystifie énormément de choses, y compris dans les logiciels qu’ils utilisaient déjà. Des termes deviennent concrets. Des logiques deviennent évidentes.

Finalement, la formation n’est pas uniquement dédiée au modulaire : elle permet de revenir aux fondamentaux. Comprendre comment le son se construit, comment il circule, comment on peut le sculpter.

Plus sérieusement, c’est un engagement énorme. Il faut une vraie disponibilité, parce qu’on ne peut pas faire ça à moitié. Et l’investissement matériel est très conséquent. Le parc d’instruments représente plusieurs dizaines de milliers d’euros. C’est un peu comme ouvrir une auto-école avec à la fois des voitures classiques et des modèles d’exception : il faut assumer ce choix.

Mais au-delà de l’aspect matériel, ce sont surtout des métiers de vocation. Ce sont des trajectoires très personnelles. Il n’y a pas de diplôme type, pas de parcours unique. C’est lié aux rencontres, au tempérament, à la manière d’être au monde.

Très tôt, j’ai choisi cette voie, avec tout ce que cela implique : des risques financiers, émotionnels, une certaine instabilité. Il faut être capable d’accepter de ne pas savoir exactement où l’on sera dans six mois.

Dans le spectacle vivant, par exemple, on part parfois en résidence pendant plusieurs semaines avec des équipes que l’on ne connaît pas. Il faut savoir s’adapter aux autres, aux rythmes, aux imprévus. Si on a besoin d’un cadre parfaitement stable et prévisible pour se sentir en sécurité, ce n’est peut-être pas la bonne direction.

Beaucoup de personnes rêvent d’être musicien, comédien, réalisateur… Mais se lancer demande d’accepter cette part d’incertitude. Si l’on a peur de cette instabilité, il vaut mieux en être conscient avant de s’engager.