Musiques extrêmes : deux formations pour explorer la puissance sonore, du studio à la scène
Découvrez comment le Cifap accompagne les musiques extrêmes à travers deux formations complémentaires : Enregistrement et mixage pour musiques amplifiées extrêmes et Chant saturé. Deux approches, deux expertises, pour développer des compétences professionnelles adaptées aux esthétiques radicales.
Métal, punk, rock, hardcore techno, noise, screamo…
Les esthétiques dites extrêmes occupent aujourd’hui une place centrale dans les scènes musicales actuelles, en studio comme sur scène. Longtemps cantonnées à des circuits underground, ces musiques nécessitent pourtant des compétences techniques pointues, une forte exigence artistique et une parfaite maîtrise des outils de production et d’interprétation.
Au Cifap, deux formations complémentaires permettent d’aborder ces univers sous des angles différents :
Deux approches, deux métiers, un même objectif : accompagner les artistes et technicien·nes dans le développement de pratiques professionnelles adaptées aux musiques extrêmes.
Pourquoi faire des formations dédiées aux musiques extrêmes ?
Pascal Gueugue, ancien responsable pédagogique du Cifap aujourd’hui fondateur et directeur de la Fédération des Musiques Métalliques, a accepté de répondre à quelques questions.
Le métal, autrefois Heavy Métal et encore avant Hard rock, n’est pas un genre nouveau… Apparu fin des années 60 début des années 70 (les estimations varient !), le genre a évolué progressivement pour devenir un genre incontournable. Mais, pendant longtemps, les musiques dites « extrêmes », surtout en France, ont fonctionné en autarcie, en mode « Do It Yourself » (DIY) mais avec une « fanbase » unique et fidèle : les métalheads ! Sous l’impulsion du puissant Hellfest (plus de 250 000 festivaliers par éditions) et d’une scène artistique brillante qui s’exporte, Gojira en tête (vainqueurs d’un Grammy et premier groupe de Métal au Jeux Olympiques de Paris), la France est devenue une terre de référence mondiale. Le métal apparait comme excitant et économiquement intéressant, loin des clichés dans lequel on a longtemps enfermé ses acteurs…
Cette vitalité se traduit par une évolution profonde de l’écosystème musical à son égard.
Même si tout n’est pas acquis, le réseau de diffusion du métal est en expansion. Les SMAC (environ 90 Scènes de Musiques Actuelles en France) ouvrent de plus en plus leurs portes au genre. Leurs studios de répétitions ne désemplissent pas tout comme les demandes d’accompagnement. Par ailleurs, de nombreux festivals spécialisés (Motocultor, Sylak, Xtreme Fest) maillent le territoire, offrant une visibilité importante aux groupes locaux et/ou en émergence.
On constate en parallèle, une explosion du nombre de formations actives (difficile à quantifier mais plus de 8000), qui se professionnalisent plus vite. Musicalement, des studios d’enregistrement et des structures de promotion dédiées, rendent la production française plus performante. Sur le plan administratif, le travail de la Fédération des Musiques Métalliques notamment, a permis de mieux faire comprendre le rôle des institutions de la musique comme la SACEM, l’ADAMI ou le CNM, poussant les artistes à mieux se préparer pour évoluer dans ce milieu codifié.
En 2026, le métal ne se contente plus de faire danser les salles. Il est devenu un genre majeur, valorisé dans une cérémonie dédiée, les Foudres, avec une force de frappe économique et artistique mondiale. La scène s’est aussi emparée concrètement de sujets sociétaux comme la transition écologique, l’inclusion ou encore la lutte contre les violences faites aux femmes. Une évolution majeure des mentalités.
Pascal, quel est ton lien avec les musiques extrêmes ?
Je suis tombé dans le métal « relativement » tardivement par le biais de groupe de rap énervés (Public Enemy, Beastie Boys, RUN DMC) à la fin des années 80 (j’avais 15/16 ans). Sur License to Ill des Beastie, il y a notamment quelques guitares bien saturées et un solo de Kerry King de Slayer sur « No Sleep till Brooklyn » …
Début des années 90 je tombe sur la vague imparable : Guns n’ Roses / Métallica et … Pantera (rires). Etant lyonnais, j’ai traîné mes Dr Martens dans tous les bons concerts, magasins de disques et lieux de répétitions de Lyon avec mes potes métalleux…
Et depuis j’écoute du métal (mais toujours du rap et plein d’autres choses !).
Dans quel but as-tu créé la Fédération des Musiques Métalliques ?
Je voulais que la scène métal puisse avoir un interlocuteur qui la « représente » ou en tout cas avec lequel les institutions de la musique puissent discuter et qui ne soit pas le Hellfest (dont ce n’est pas le rôle), à l’image d’autres fédération dans le jazz, la chanson française et même les musiques traditionnelles.
Je voulais aussi permettre aux acteurs de la scène de monter en compétence pour consolider leurs connaissances (et palier leur méconnaissance) de l’écosystème de la musique. Ayant travaillé longtemps dans ce secteur de l’industrie musicale mais aussi dans la formation professionnelle, je connaissais les enjeux de la structuration artistique.
Enfin, je souhaitais valoriser cette belle culture souvent réduite à quelques clichés ou à priori réducteurs.
Peux-tu nous en dire plus sur vos actions passés, actuelles et à venir ?
La FMM a commencé à mettre en place rapidement des actions concrètes comme la mise en place d’un Tour de France avec la SACEM pour expliquer le rôle de cet organisme essentiel aux métalleux.
Nous avons lancé aussi des opérations comme le Métal au collège, pour parler du métal mais aussi de ses engagements sociétaux et environnementaux.
Plus récemment, nous avons co-organisé les FOUDRES au Bataclan avec les équipes de Paris Entertainement Company. Ce projet porté conjointement par eux et la FMM a été diffusé sur France TV et nous préparons la deuxième édition pour fin 2026.
Dernier projet d’importance, nous avons lancé avec le MIDEM et Live Nation, un gros tremplin émergence pour les groupes de rock énervés et de métal.
Pour la suite, nous renouvelons toutes ces actions et nous prévoyons un projet autour des festivals de métal en France et un autre spécifique aux artistes… To be continued…
Un regard qui éclaire les évolutions du secteur et rappelle combien la formation est aujourd’hui un levier essentiel pour accompagner ces pratiques.
La formation Enregistrement et mixage pour musiques amplifiées extrêmes : maîtriser la puissance sonore
Cette formation s’adresse aux personnes souhaitant se spécialiser dans la prise de son, l’enregistrement et le mixage de musiques amplifiées aux esthétiques exigeantes. Métal, punk, hardcore, noise ou encore musiques électroniques radicales impliquent des contraintes techniques spécifiques : gestion des fortes dynamiques, saturation contrôlée, précision des attaques, équilibre entre puissance et lisibilité.
Les stagiaires apprennent à :
- Préparer une session d’enregistrement adaptée aux groupes de musiques extrêmes
- Choisir et positionner les microphones pour les instruments amplifiés et acoustiques
- Travailler la saturation, la distorsion et les textures sonores
- Construire un mixage clair, énergique et fidèle à l’identité artistique
La formation est animée par Niko “HK”, ingénieur du son et producteur spécialisé dans ces esthétiques.
Cette formation s’adresse principalement aux futur·es ingénieur·es du son, technicien·nes studio ou producteurs, souhaitant affiner leur expertise sur ces genres musicaux.
La formation Chant saturé : développer une technique vocale spécifique
En complément, du travail en studio, la formation Chant saturé se concentre sur l’instrument voix et ses possibilités expressives dans les musiques extrêmes.
Growl, scream, fry, distorsion vocale, voix criée ou saturée… Ces techniques demandent un apprentissage rigoureux afin de préserver la santé vocale tout en développant une palette sonore large.
Les stagiaires travaillent notamment :
- Les bases physiologiques de la voix
- Les mécanismes de saturation et de distorsion vocale
- La respiration et le soutien
- L’endurance vocale et la prévention des blessures
- L’interprétation et l’identité artistique
La formation est encadrée par Émilie Domergue, chanteuse et pédagogue spécialisée.
Cette formation s’adresse aux chanteur·ses, artistes interprètes et musicien·nes souhaitant intégrer ou perfectionner des techniques vocales propres aux musiques extrêmes.
Deux formations, deux expertises, une même esthétique
Bien que centrées sur les mêmes univers musicaux, ces deux formations répondent à des objectifs distincts :
- Enregistrement et mixage pour musiques amplifiées extrêmes : orientée vers la production sonore et le travail en studio
- Chant saturé : orientée vers la pratique vocale et l’interprétation artistique
Elles peuvent ainsi être suivies indépendamment ou de manière complémentaire, selon les projets professionnels des stagiaires.
Accompagner les pratiques artistiques contemporaines
En proposant ces deux formations, le Cifap affirme son engagement à accompagner l’évolution des esthétiques musicales actuelles et à répondre aux besoins spécifiques des artistes et technicien·nes évoluant dans les musiques amplifiées et extrêmes.
Des formations ancrées dans la pratique, portées par des professionnel·les reconnu·es, et conçues pour développer des compétences directement mobilisables dans les contextes de création, de production et de diffusion.