
L’acteur doit maintenir en marche sa machine créatrice, même quand il attend “que le téléphone sonne” ou qu’apparaissent des projets futurs, sinon il “clichéfie” son jeu, il se répète, il se “mécanise”.
L’acteur doit être toujours en développement, il n’est jamais accompli. Aussitôt qu’il franchit un nouveau cap, une nouvelle possibilité d’évolution se présente. C’est quelqu’un qui se doit de travailler tous les jours, sans jamais s’arrêter, l’acteur se nourrit d’un rien et apprend de tout.
Il a juste besoin de se rendre compte qu’il est capable de créer ses propres situations d’apprentissage pour devenir un puit intarissable.
C’est majoritairement dans la peau d’un personnage fictionnel qu’on canalise le mieux cette énergie, cette multitude de nouveautés engrangées au quotidien.
Le métier d’acteur nécessite donc cette capacité de création de personnage, qu’on l’utilise par fragment ou durablement, pour incarner ou pour représenter.
Il est indispensable de puiser en soi-même pour nourrir son rôle, et on le fait souvent sans ou avec trop de réserves. Dans les deux cas, l’acteur est fragilisé. Il compromet l’incarnation du rôle par l’instabilité dûe à un remue-ménage psychologique, où il frôle le cliché, banalisant ainsi la représentation, ne trouvant pas sa propre « source ».
L’acteur peut trouver sa mesure personnelle et sa méthode de métamorphose, mais pour cela il a besoin de réanimer son sens de l’observation, d’utiliser la matière accumulée, pour cela, il faut qu’il exploite les différents rapports possibles entre lui et le personnage.
Un texte ne cache pas qu’une seule interprétation possible. Un comédien ne cache pas qu’un seul emploi possible. Un monologue maîtrisé peut être le support idéal pour prouver qu’on peut y camper dix personnages différents, seul et en confrontation avec les autres.
Pour être incarné, l’acteur doit être ancré dans le moment présent. Le chemin le plus court qui y mène, est la « perception sensorielle consciente ». Situations pour solliciter l’usage inhabituel de ses sens. Improvisations avec une contrainte sensorielle imaginaire.
Pour interpréter et créer un être humain imaginaire, l’acteur doit être obligatoirement fasciné « par ». L’accès à cette fascination passe d’abord par une forme de sympathie intime, qui n’est pas particulièrement modelable.
Par contre, cela passe aussi par l’admiration de sa complexité. Il est indispensable de savoir construire cette complexité. Cette capacité se développe par l’observation en détail, puis à partir de l'analyse et de la structuration de ces observations, le comédien peut alors créer la cohérence de ce personnage.
La frontière entre l’acteur et le personnage est rarement consciemment établie et elle demeure souvent trouble. Cela met en danger, d’un côté l’acteur lui-même et de l’autre côté, cela limite aussi sa capacité à prendre des risques, risques nécessaires pour s’épanouir dans la création et l’exploration du rôle.
L’exploration des différents rapports entre le personnage et l’acteur sert à identifier une frontière propre à chacun. Entre ces deux pôles, elle pourra permettre de naviguer avec plus de sûreté entre incarnation et représentation, en accordant à chacun une place sécurisante et respectable qui viendra nourrir sa palette d’outil.
Acteurs et comédiens souhaitant actualiser et parfaire leur technique de création de personnage et voulant s’affirmer dans l’incarnation des rôles.
Module 1 (2 jours)
Les monologues apportés sont notre premier support de travail. Les stagiaires, chacun à leur tour, proposent un personnage à travers le texte présenté.
Le formateur décortique le texte de chacun en dévoilant les possibilités de situations multiples, cachées dans le monologue. De là il propose à chacun trois nouveaux personnages supplémentaires (basés sur le texte d’origine), opposés au maximum au personnage de départ inventé par l’acteur, en s’appuyant sur les détails les plus « insignifiants » du même texte.
Ces nouveaux personnages sont élaborés devant le groupe.
Des fiches de personnage fournies par le formateur sont à remplir par les participants afin de créer un nouveau personnage (un 5e) pour le lendemain.
La fiche et le personnage sont présentés devant le groupe par chacun des participants. Puis tour à tour, ils se proposent l’un à l’autre une alternative supplémentaire au personnage qui est esquissé pour chacun et par chacun.
Chaque acteur se retrouve ainsi avec, en fonction du nombre des participants, entre 6 et 10 nouvelles pistes de travail pour le même rôle.
Ces différents personnages (ces différentes interprétations du même rôle), seront joués l’un après l’autre (par chacun des participants) et documentés par un enregistrement vidéo. Ces enregistrements seront visionnés et analysés par la suite devant le groupe, principalement pour se rendre compte du travail accompli, mais aussi pour cibler les insuffisances comme les points forts.
Module 2 (3 jours)
Un monologue est fourni par le formateur, à apprendre pour le lendemain, en créant un personnage avec fiche. Le formateur choisit le monologue en fonction des participants. Un seul et même monologue (max 50 lignes) pour tous les acteurs. Les participants préparent et créent un personnage pendant l’apprentissage de leur texte, qu’ils présentent le lendemain. Ils ont aussi préparé la fiche du personnage.
La consigne, c’est d'éviter la « première idée ».
En comparant ces personnages issus du même monologue, nous creusons les différences. Nous gommons les incohérences dans les constructions, guidés en cela par le formateur, mais avec l’aide du groupe. A partir de sa fiche, chacun prépare et propose une improvisation ciblée sur le passé de son personnage, et en sollicitant d’autres membres du groupe.
A partir de ce même texte, création collective d’un seul personnage. Chacun des participants interprète ce personnage créé et fixé dans ses détails. Nous documentons par un enregistrement vidéo ces interprétations, et nous analysons les similitudes et les différences, les réussites et les échecs avec le groupe.
Le texte découpé en autant de morceaux que de participants, chacun fait l’exercice de l’Incorporation des mots sur sa partie, devant les autres, pour apprendre à différencier son rapport personnel et celui de son personnage aux notions existant dans le texte.
Puis le formateur propose une situation de rencontre entre ces dix personnages, une improvisation où il prescrit un objectif à chacun ; l’exercice dure le temps que tout le monde puisse l’accomplir.
Improvisation de groupe, axée sur l’écoute et la persévérance dans la présence. Objectif : rester durablement dans la peau de son personnage.
Module 3 (3 jours)
Le formateur désigne des « couples » parmi tous les participants. Chacun décrit à son partenaire sa perception strictement sensorielle (d’une manière verbale ou non verbale) sur un temps donné. A partir de cette description le partenaire doit construire un personnage et passer une heure dans la « peau » de ce personnage construit « à partir » de son partenaire. D’abord d’une façon intime, partagé et corrigé par son partenaire, puis dans le cadre d’une situation d’improvisation devant les autres. Exercices parallèles, puis publics, guidés par le formateur.
Des jeux en groupe qui obligent à un usage inhabituel des sens s’ensuivent, un jeu par sens. Chaque jeu est suivi directement d’un exercice d’imitation (de représentation) de la perception sensorielle vécue dans l’expérience. La vidéo sera à nouveau notre outil de miroir, à travers l’enregistrement immédiat, nous ciblons les difficultés entre « ressentis et représentations ». On clôt la session par une série d’improvisation en « couple » tournant principalement autour d’une contrainte sensorielle imaginaire, utilisant le personnage construit au début de cette étape.
Module 4 (2 jours)
Le formateur désigne un lieu public et donne la consigne d’une liste d’observation à exécuter. Le groupe se déplace dans ce lieu public et chacun choisit un/une inconnu(e) qu’il/elle va suivre pendant au maximum une heure. Des notes précises sont à prendre. Les participants rentrent au lieu de la formation. Ils préparent des fiches de personnages à partir de la personne observée, ils créent un personnage qui englobe toutes leurs perceptions dans un tout cohérent. Ils écrivent un monologue « de pensée » de vingt lignes de ce personnage et nous le présentent évidemment dans la peau de ce personnage. Confrontation des notes, des fiches, le monologue et le jeu. La chasse aux incohérences.
Module 5 (5 jours)
Travail avec le personnage créé à partir de l’expérience « détective », pour aboutir à une représentation publique de 1h en improvisation collective dans le cadre de l’exercice « Dîner des personnages ».
On approfondit les personnages créés le jour précédent au travers d'improvisations sur leurs passés, avec un partenaire choisi dans le groupe. Puis des improvisations concentrées sur la confrontation des personnages créés dessinent les rapports possibles et la constellation des rôles.
Deux « entretiens filmés » sont à passer :
L’acteur imagine que le personnage est son meilleur ami et répond donc à une série de questions intimes sur leur relation, comme si ce dernier était une personne vivante. Inversement, le personnage en tant que personne vivante parle de l’acteur de la même manière, questionné par le formateur, devant le groupe. La vidéo cette fois-ci sert à « augmenter » les enjeux et cadrer leur performance. Elle pourra être visionnée ou donnée sur demande.
Une improvisation collective, dans un système de représentation : "le dîner des personnages" (avec des objectifs successifs) clôt la session, et prépare la « représentation finale », en guise de « répétition générale ».
La formation Acteur et Personnage se termine avec la mise en pratique et mise à l’épreuve des acquis, dans le cadre d'un « dîner des personnages » public. Cette situation de « représentation » sera filmée pour garder une trace de leurs performances, et afin de pouvoir également l’analyser lors du débrief collectif.
Patrice Desphelippon a plus de vingt ans d’expérience dans les métiers de la musique et du spectacle. Il est membre fondateur du label Hammerbass Records, pour lequel il est en charge des relations avec les médias et les artistes. Il rejoint ensuite le producteur Garance comme directeur artistique des soirées de musiques actuelles (musique électronique), puis comme responsable de la maison d’éditions Biyou Music.
La formation Acteur et Personnage propose aux participants 15 journées de travail en groupe, axées sur cinq modules. Utilisant des supports de travail évolutifs (accompagnés d’une documentation vidéo immédiate servant de « miroir »), l’acteur parvient au fur et à mesure à une prise de position personnalisée concernant la question de la frontière acteur /personnage, en élargissant l’impact de sa propre créativité sur n’importe quel rôle.
Chaque acteur participant à la formation doit s’engager au cours de l’inscription à arriver le premier jour de la formation avec un monologue (de 50 à 100 lignes) qu’il maîtrisera par cœur, et dont il proposera une interprétation représentant son univers, sa technique et son « envie » de rôle.
Cifap fonctionne en Centre de Ressources auprès de chaque stagiaire porteur effectif d'un projet personnel, par la mobilisation de l'équipe pédagogique, du groupe stagiaire et des moyens techniques de la structure.
Nous privilégions un mode de travail pédagogique de type appropriatif : chaque stagiaire, acteur de son devenir professionnel, est mis en situation d'appropriation de savoirs et de savoir-faire dans le cadre de son projet personnel.
En outre, nous accompagnons, de manière « désintéressée », tout stagiaire qui en manifeste le désir, pour l’accompagner dans son projet.
Gabriella CSERHATI, metteur en scène, réalisatrice. Née à Budapest en 1980, travaille et vit à Paris.
En tant que metteur en scène son domaine de recherche dans le travail d’acteur consiste en l’élaboration d’une intensité de jeu qui permet d'« émettre » vers son partenaire et vers le spectateur, voulant créer ainsi un fil de feed-back presque physiologique entre les joueurs et les spectateurs.
Elle crée Le THéâTRe CaCHé – « THCH » - (un dispositif de mise en scène), épaulé par Mezzanine Spectacles, comme une première expérimentation d’un théâtre physiologique – volume 1 : Liberté à Brême de R.W.Fassbinder. Elle transforme sa troupe en collectif de théâtre : le GRouPe KoMiLFó. Théâtre Caché volume 2 : Barbe Bleue d’après Dea Loher. Des nouveaux THCH et un nouveau dispositif : Le Théâtre de BLABLA sont en préparation au GRouPe KoMiLFó.
Cinéaste de formation, elle réalise en tandem avec Fabien LARTIGUE :
En tant que formatrice son domaine de recherche se situe dans la capacité de différenciation de l’acteur et de son personnage, qui garantit une identification plus maîtrisée et donc une incarnation plus intense. Cinéaste au départ, formatrice depuis ses débuts, elle développe ses propres exercices en s’appuyant sur les techniques de J.L Moreno, Clive Barker, S. Loraine Hull, Keith Johnston, Tamas Vekerdy.